Portraits de deux femmes à la tête d'un vignoble

Portraits de deux femmes à la tête d'un vignoble
8 mars 2024 10 vue(s)
Portraits de deux femmes à la tête d'un vignoble

Découvrez l'interview de deux femmes à la tête d'un vignoble

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée chaque année le 8 mars, nous avons eu envie de mettre en lumière deux femmes passionnées et ambitieuses, qui portent fièrement les arômes de leurs terroirs !

Dans le monde du vin, les femmes s’imposent de plus en plus comme des figures influentes et inspirantes. Et ce n’est pas toujours facile, dans un monde historiquement très masculin ! Animées par la passion et une détermination incomparable, Axelle Machard de Gramont et Mylène Bru sont aujourd’hui à la tête de leurs domaines, respectivement en Bourgogne et dans le Languedoc-Roussillon.

Découvrez l’interview de ces deux vigneronnes remarquables, ainsi que les différents défis auxquels elles sont confrontées.

 


Qui sont ces deux femmes ?

Axelle, Domaine Bertrand et Axelle Machard de Gramont - Bourgogne

Axelle Machard de Gramont est aujourd’hui, aux côtés de son père, à la tête du domaine Bertrand et Axelle Machard de Gramont. Suite à la scission du domaine familial, Bertrand décidé de créer son propre domaine à Nuits-Saint-Georges, et réinvestit les terrasses du côteau des Vallerots, abandonnées depuis la crise du Phylloxera. C’est en 2004 qu’Axelle rejoint le domaine, et lui donne un nouvel élan. Elle entreprend la conversion vers la culture biologique, qui sera certifiée en 2014, ainsi que des vinifications plus en douceur, comme le foulage au pied. Cette nouvelle façon de faire permet d’obtenir de beaux vins, caractéristiques de leurs terroirs.

Le domaine possède aujourd’hui 6 hectares de vignes en Côtes de Nuits.

Les Nuits-Saint-Georges possèdent une jolie texture avec des tanins assez fins, et gagnent en rondeur avec le temps. Découvrez les différentes cuvées du domaine : 

 

Les cuvées de Vosne-Romanée, soit le Vosne-Romanée et la cuvée Les Barreaux sont caractéristiques de leur terroir : épicés et complexes.

Le domaine ne réalise qu’un seul vin blanc : le Chêne du Court, un Bourgogne Aligoté à la fois frais et fruité, porté sur les agrumes.


Mylène, Domaine Mylène Bru – Languedoc-Roussillon

Mylène Bru est tombée amoureuse de ce coin de nature sauvage, avec quelques vignes dans la Garrigue. L’histoire du domaine Mylène Bru commence donc en 2008, lorsqu’elle achète 4 hectares de vignes dans ce havre de paix. Elle commence avec très peu de moyens, sans eau et sans électricité, mais a le plaisir de vinifier au grand air, grâce à sa cave ouverte avec une vue imprenable sur la nature sauvage environnante.

Mylène est une femme dont la passion est évidente. Le travail à la vigne est particulièrement exigeant, avec pour ambition de créer un vin qui exprime le caractère de ce lieu magique.

Découvrez sa cuvée Far Ouest, un Coteaux-du-Languedoc remarquable.

Il s’agit de la cuvée d’assemblage de tous les cépages du domaine :  Grenache, Carignan, Syrah et Cinsault et de l’intégralité des quinze parcelles en Garrigue. On y retrouve des notes de framboises et de mûres, d’épices, de menthe et de poivre avec une touche sauvage.

Les tanins sont assez doux et encore serrés.

Il s’agit là d’un beau vin délicat, racé que l’on peut garder encore quelques années.


Et si on leur laissait la parole ?

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amenée à devenir vigneronne ?

Axelle : Je suis devenue vigneronne il y a 20 ans, après avoir passé plusieurs années à vendre les vins de mon père. J’ai toujours aimé le vin, et tout ce qui s’y rattachait ; la géographie, les sols, les cépages, les gens qui le faisaient. C’est un sujet qui m’intéresse depuis très longtemps, depuis bien avant que la possibilité que je rejoigne le domaine se dessine. Mais il y a aussi, bien sûr, une notion de loyauté familiale.

Mylène : Mes grands-pères étaient vignerons en Corbières, et mes grands-mères aidaient déjà à la vigne, pendant les vendanges ! Alors j’ai voulu combiner les deux. J’ai étudié la biochimie du vin puis l’œnologie et je me suis installée j’ai commencé à produire mon propre vin après avoir vu grandir mes enfants !


Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?

Axelle : La plante pérenne ! Voir la vigne se réveiller chaque printemps, et pousser, parfois si vite. C’est fascinant et ça continue à me fasciner chaque année. Et bien sûr le fait que les vins soient différents d’un millésime à l’autre. Bien qu'on soit acteurs, il y a toujours une partie d'incertitude qu'il faut anticiper ! 

Mylène : C’est mon paysage, qui me rattache à ma terre, mes vignes et leur incroyable singularité qui donnent des raisins très particuliers qui m’offrent, millésimes après millésimes, un univers de créativité et des vins avec un caractère que j’aime particulièrement. Les parcelles sont isolées, sans aucun voisin de vigne et surtout sans aucun voisin en culture chimique. Le vallon accueille aussi une ferme avec des chèvres depuis 20 ans en culture biologique. Nos seuls voisins sont les chevaux, les perdrix, les rapaces, les lézards ocellés et les lapins de garenne. Les vignes trouvent leur respiration dans toute la nature environnante qui est très riche et sauvage en essences et senteurs de la garrigue. C’est pour cette raison que je suis tombée amoureuse de ces vignes et je revendique pleinement mon "vin de garrigue".

Vue d'une parcelle du domaine Mylène Bru


Y a-t-il des défis auxquels vous êtes confrontée en tant que femme dans l’industrie vinicole ? Si oui, quels sont-ils ?

Axelle : Nous sommes aujourd’hui nombreuses dans ce métier. Être une femme est un défi comme dans de nombreux métiers. Être vigneronne comporte des aspects qui demandent de la force physique et il faut savoir s’entourer d’hommes pour nous compléter et nous seconder. Mais c’est vrai que parfois il faut peut-être parler (un peu) plus fort pour se faire entendre et espérer être légitime dans ce métier.

Mylène : Il ne s’agit pas d’industrie vinicole mais d’un artisanat de qualité dans un contexte écologique et climatique difficile. Le défi est surtout climatique aujourd’hui. Le domaine et les vins ont une très jolie notoriété : les vins sont reconnus comme de très bons vins et j’ai de nombreux retours de clients qui goûtent les cuvées et qui m’écrivent. Oui, je suis une femme et je fais des vins avec mon ressenti… mon ressenti neuf et donc avec des nouvelles choses à apporter au vin !


Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent se lancer dans l’industrie vinicole ?

Axelle : Je dirais à ces jeunes femmes qu’il faut qu’elles soient confiantes. Je leur dirais aussi qu’il y a de la place pour tout le monde, femmes et hommes, et que je l’espère, ma génération a « défriché » le terrain pour donner enfin aux femmes une place à part entière dans ce métier.

Mylène : Pour moi, il faut que les femmes fassent du vin comme elles le ressentent car être une femme est un plus pas un moins ! Comme disait Dartre, la femme est neuve ! L’homme lui, a depuis longtemps accès à tout ; il n’est pas neuf.


Et Axelle nous a fait part d’une vigneronne qu'elle trouve inspirante : Athénaïs de Béru, vigneronne au Château de Béru.

On s’est rencontrées chez un caviste commun à Paris il y a presque 20 ans. C’est une femme réellement inspirante de par sa détermination, et son engagement sans failles en agriculture biologique, puis biodynamique. Elle est dotée d’une grande créativité, qui se traduisent par de nombreuses nouvelles cuvées tout au long de ces dernières années !

Découvrez les vins du Château de Béru :


Vous l’aurez compris, bien qu’il reste encore certains préjugés, de nombreuses femmes comme Axelle et Mylène œuvrent pour démontrer que les femmes ont totalement leur place dans le monde du vin. Vous avez désormais une vision plus interne sur le quotidien et la vision de vigneronnes. 

Un grand merci à Axelle et à Mylène pour avoir répondu à nos questions !

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